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mardi 22 avril 2008

Luke, ou le renouveau du rock français

Tout commence à Noël 2001, où l'on se fait offrir un album d'un nouveau groupe qu'on a découvert depuis quelques jours. La vie presque est un très bon album, qui frappe par sa nonchalance, mais par des textes exacts et que l'on sent travaillés. Se taire, J'aurais aimé te plaire, sont des tubes pour nos oreilles (et pas pour la radio). Dimanche de vote est d'une morale prémonitoire, et n'a plus la même consonance le 22 avril 2002 ("si tu pointes ton nez vers l'extrème, n'oublie pas que les hommes sont fous"). Cet album est fort, on s'en rend compte, on se dit que ce jeune groupe fera quelque chose. Qu'il faudra le suivre. (Et dire que deux mois plus tard on avait Des visages des figures, qui lui ressemble tellement...)

Deuxième épisode, le 21 mai 2004, on se dit "tiens j'ai déjà entendu ce nom". Ah, oui, on se rappelle du premier album nonchalant. Deux semaines après la sortie, on achète La tête en arrière sur internet, "pour voir". On se dit que ça vaut le coup, au moins un peu. Et on écoute. Mais qu'est devenu le Luke qu'on connaissait ? (on apprendra, mais beaucoup beaucoup plus tard, que le seul rapport entre les deux Luke est Thomas Boulard, le chanteur). Aucun rapport entre les deux albums, le deuxième est remplit de titres éminemment rock. Rien ne parjure, tout est dans le bon ton. C'est une claque, c'est du vrai son, c'est quelque chose qu'on n'avait jamais vu, c'est vraiment, en français, le seul groupe qui aie jamais fait du rock. Quelque chose d'énorme, à tel point qu'on n'ait plus envie d'y employer de vains mots, juste d'écouter. L'unité est ce qui frappe le plus dans cet album. On pourrait citer les 11 titres, aucun n'est moins puissant qu'un autre. Vraiment un des meilleurs albums de la décennie. On cherche un équivalent, et on peine à en trouver un. Peut-être 666.667 club, tout le monde y a pensé, même un peu trop. On pense un peu à Silverchair, aux Foo Fighters, aux Smashing, pour les textes mais surtout pour le son.

Et après on surveille du coin de l'œil, et le 12 septembre 2007, deux jours après sa sortie, on achète le troisième album. Un peu déçu, on retrouve un peu la puissance du deuxième album, mais y a un truc qui cloche. On sait pas trop, on se dit qu'on n'a pas eu le temps suffisant pour apprécier l'autre, tant on a encore l'impression que c'était hier. On laisse l'album de côté.

Un peu plus tard, on réécoute Les enfants de Saturne. La voix est toujours la même, un peu trop claire, un peu trop immature. On se dit que ce sera parfait dans cinq ou dix ans. Et on aime. Et on pense cette fois davantage encore aux grands frères, toujours les mêmes, sans les nommer. Eux aussi, comme Luke, comme moi d'ailleurs, sont bordelais. C'est peut-être pour cela que je me retrouve là-dedans. Eux aussi écrivent des textes incompréhensibles, incompréhensiblement poétiques. Eux aussi ont tendance à lâcher des mots en espagnol, parce que cette Espagne si proche est en nous. Eux aussi écrivent des hymnes puissants à la gloire de nous, comme l'est la magnifique Les écorchés, comme l'est l'excellente Les enfants de Saturne. Il est question de mort, partout, tout le temps, avec plein de Faites que le soleil ne brille plus pour moi ou de Est-ce que la mort se danse. Il est question d'amour, partout, tout le temps, avec plein de Est-ce que l'amour vient comme ça ou de Personne te voit d'être aussi belle. Il est question de on bien est vivants, partout, tout le temps. On se parle à la deuxième personne, avec des Qu'as-tu dit à la vie pour qu'elle s'efface ? et des Est-ce que tu me crois.

Et là on se dit que le vide provoqué par cette énorme erreur lituanienne sera peut-être, plus ou moins, comblé. Rien ne sera pareil, rien ne sera comme si de rien n'était. Mais on aura encore des Veux-tu vivre à l'envers ?, des Dis-toi bien qu'on est deux à refuser le printemps. Des hymnes d'écorchés, rien que pour nous, rien que pour qu'on puisse exister, rien que pour que l'on puisse sentir et ressentir tout cela.

Luke, loin de ressembler de près ou de loin à l'un de ses grands frères, a gagné ses jalons de groupe de rock, qu'on aimera longtemps, voire à jamais. Ils sont très forts, et au bout de trois albums méritent que l'on en parle d'eux comme d'une légende. Dans dix albums, plus personne n'en doutera plus. Merci Luke, de nous avoir réveillés à ce point.

Je vous engage à acheter les trois albums de Luke. Si vous voulez les écouter avant, n'hésitez pas à me contacter, je serais très heureux de vous les faire découvrir.

En un jour j’ai cru tout faire
Mourir et puis renaître
Vouloir reprendre le monde
Il reste une seconde
Enfants de l’incandescence
Regardez sans méfiance
L’éternité qui vous braque
Cette lumière vous traque !

jeudi 21 février 2008

[redécouverte] Venus, The red room

Depuis une semaine, je réécoute The red room, le dernier album en date de Venus, qui est l'utime preuve que la Belgique est un pays qui vaut le coup d'oreille. Cet album, que j'ai acheté selon mes logs le 15 avril 2006 à la Fnac Montparnasse (je vous interdis de me traiter de psychopathe :) ), soit 3 jours avant sa sortie officielle (je ne m'en souviens plus, ce devait être une exclu Fnac...), je ne l'avais jamais vraiment écouté. Je sais pas, j'étais encore dans l'excellent Vertigone, qui est vraiment un concentré de génie, une des meilleures galettes que j'ai ici.

Bref, je trouvais que rien n'égalait les Running at full speed ou Kallenovsky, peut-être deux des 10 meilleures chansons du monde, si un jour cela voulait dire quelque chose ; qu'à part l'intégrale de Portishead ou quelques Radiohead rien ne serait aussi mélancolique que Big waste time. Que s'il fallait citer chacune de ses 13 chansons pour montrer à quel point je ne me lasserai jamais de Vertigone, je le ferais volontiers. Mais là n'est pas le but de ce billet.

Je me suis rendu compte, au bout de presque deux ans donc, que The red room donc, qui a souffert du talent de son grand frère, est en fait tout simplement prodigieux. Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive... Je me le passe en boucle jusqu'à l'overdose, comme pour rattraper le temps perdu. Tenez, je ne résiste pas à vous en laisser écouter une (presque) choisie au hasard. (Vous pouvez écouter des extraits de tout l'album sur le site de Venus.)

Lecteur mp3 en flash, merci Neolao

Poison donc, cette chanson de presque 7 minutes qui alors que j'écris ces lignes vient d'être choisie aléatoirement par mon Rythmbox, j'avoue que je l'avais remarquée les premiers jours. Mais sans plus, du genre, mouais, c'est pas mal, mais c'est trop pareil que. Non. Je m'insurge. Elle est formidable, elle respire la révolte, elle monte en puissance, avec la voix et les violons, encore les violons, toujours les violons. Finalement, peut-être que c'est l'instrument qui exprime les plus d'émotions. Je m'égare. Un passage calme, quatrième minute. On recommence à réciter ces paroles magnifiques, tout simplement magnifiques, tellement en accord avec ces sensations. Puis on parle fort. Puis on hurle. We are like we are. We'll share everything. We'll share everything else. Et les violons. Toujours les violons. On ne l'oubliera jamais cette chanson, on ne s'en défera jamais. Ça fait plusieurs jours que je la chantonne en permanence, que j'en rêve presque la nuit (je crois qu'il faudrait vivement que je remette à jour mon top 10 :) ).

Mais ce serait injuste de faire croire que cet album est l'album d'une chanson, l'album d'un hit radio qui n'en est pas un à cause de sa longueur et du manque de goût du monde entier. Non, loin de là, les autres titres se défendent mieux que bien à l'image d'un Mother's voice qui commence comme un chuchottement pour éclater comme un feu d'artifice (et les violons, toujours les violons, bien sûr les violons). Ou ce Everything that rises must converge au nom trop long mais qui ne laisse aucun doute sur ses intentions, dès la première note. Et les violons, tiens, d'ailleurs, toujours les violons. Je ne sais pas ce qu'on ferait sans les violons. Des choses insignifiantes, certainement. Ou aussi ce "Who the fuck gave you this invitation?". Dont je ne vais rien dire, histoire de vous laisser quelques surprises, mais qui exceptionnellement ne comporte pas de violons. Et qui pourtant ne demande qu'à ce qu'on en apprenne les paroles pas évidentes pour singer ce phrasé saccadé. Je ne parle même pas d'I spoke too soon ou d'Unknown. Juste écoutez-les.

Bref. Un jour, je referai mon top 10. Et on peut certainement parier que The red room sera classé, pas loin de Vertigone d'ailleurs (même si ça va quand-même être difficile de dépasser les 4 premiers...).

Enfin, parce que je ne les ai pas trouvées ailleurs et qu'il le faut :

Do you think it's poison, I believe it's a cure
Is it a common point between me and you
Are we defending our idiosyncrazy
Are we maybe thinking we still wanna get crazier
Would it be because we're in a wrong direction
Could it be a cause for our too many questions
Is it a shame not to know what we can win and loose
Are we to be blamed for this and for the whole world, too
Should we reject life, in perfect empathy
Or give everyone time and make it sweeter
Well it seems like addiction to the human weakness
It's like a self-restriction to what could be called happiness
And we still need more time to understand ourselves
We are like we are, there's nothing else we meant
One day we shall have learnt how we have to like ourselves
And we'll share everything and we'll share everything else
We know we need more time to understand ourselves
We are just like we are, there's nothing else we meant
One day we shall have learnt how we have to love the best
And we'll give everything and we'll give all the rest
Can you think of a reason, I believe it's too pure
Too much imagination makes you feel insecured
Our backbones are bending drawing up to the ground
Our deepest feelings like joining lips of a wound
Do we run along life, ruining it sometimes
Do we surf on our worse lies, trying to make them die
Preserving our aloofness, pretending not to guess
It's a matter of decision, not a question of illusion
We know we need more time to understand ourselves
We are like we are, there's nothing else we meant
One day we shall have learnt how we have like ourselves
And we'll share everything and we'll share everything else

lundi 15 octobre 2007

Écorchés

Peut-être à nouveau entendrons-nous un jour cette énorme musique (venant de l'excellent double album live En public) :

Lecteur mp3 en flash, merci Neolao

L'hymne d'un peuple. Le peuple des écorchés. White light, white heat.

...
Oh mais non rien de grave
Y'a nos hématomes crochus qui nous
Sauvent
Et tous nos points communs
Dans les dents
Et nos lambeaux de peau
Qu'on retrouve ça et là
Dans tous les coins
Ne cesse pas de trembler
C'est comme ça que je te reconnais
Même s'il vaut beaucoup mieux pour toi
Que tu trembles un peu moins que moi.
Emmene-moi, emmene-moi
On doit pouvoir
Se rendre écarlates
Et même
Si on précipite
On devrait voir
White light white heat
Allez enfouis-moi
Passe-moi par dessus tous les bords
Encore un effort
On sera de nouveau
Calmes et tranquilles
Serre-moi encore
Etouffe-moi si tu peux...
Serre-moi encore
Nous les écorchés vifs
On en a des sévices

dimanche 22 juillet 2007

Le retour de Björk

Alléluia ! 10 ans après Homogenic, nous avons enfin retrouvé Björk. L'histoire raconte qu'elle s'était perdus sur différents sentiers sinueux, entre le cinéma de Lars Von Trier, l'hiver de Vespertine ou les voies de Medulla. On pensé l'avoir perdue, ne plus la retrouver. Elle n'avait même pas appelé depuis son départ. Elle est revenue, fin avril.

Volta, puisque c'est de cela qu'il s'agit, doit pouvoir souffrir du qualificatif «d'électrique» (désolé). Les dix premières secondes sont certainement les plus importantes. On entend un bruit bizarre, répétitif. Puis on lit le titre de la chanson, Earth intruders, et les images apparaissent, on voit une armée de petits bonhommes marchant au pas (le bruit qu'on entend), on voit cette image qui pourrait venir d'un clip de Michel Gondry. Comme à l'époque de Debut/Post, on voit ces personnes enfantins qui marchent et nous envahissent au son de We are the Earth intruders, we are the stars shooters.

Lecteur mp3 en flash, merci Neolao

Volta, c'est surtout le retour du beat et de l'électronique, qu'il soit discret comme dans Wanderlust ou omniprésent comme dans Innoncence (aux sonorités presque rap comme Big time sensuality avait une sonorité presque dance). Ma préférée en ce moment est d'ailleurs la plus violente de l'album, Declare Independance, rappelant Pluto, avec cette électronique en forme de basse saturée et cette décidément fabuleuse voix, surtout quand elle crie. :)

Lecteur mp3 en flash, merci Neolao

Raise your flag !

Mais il y a aussi des morceaux calmes, hérités certainement de Vespertine. Avec des instruments «exotiques» (des cithares ? des harpes islandaises (si cela existe) ?), beaucoup de cuivres, de beaux mélanges, et toujours cette voix...

Achetez-le si vous êtes fan ! (Si ce n'est pas le cas, peut-être vaut-il mieux commencer par Homogenic...)

jeudi 12 juillet 2007

Le sens du vent

Il y aura toujours le sens du vent pour savoir contre quoi lutter

Mano Solo, Les endurants, in In the garden (2007)

mardi 20 mars 2007

La citation du jour

Gros éclat de rire dans Toi et moi de Julie Lopes-Curval, en diffusion ce mois-ci sur Canal+. Julie Depardieu y campe une rédactrice de romans-photos totalement fleur bleue qui dit à un moment pour consoler sa soeur, Marion Cotillard :

Le premier amour ça ne s'oublie pas. [...] Moi mon coeur c'est comme une porte de chiottes : y a marqué plein de noms dessus.

jeudi 16 novembre 2006

Les émois des derniers mois

Oui, c'est sûr, le titre n'est pas très original, et est lamentablement piqué à un hebdomadaire célèbre... J'inaugure une nouvelle catégorie, qui parlera de musique. Allez, soyons fou, nous sommes sur un blog, j'ai aussi le droit d'arrêter de parler d'informatique en permanence...

J'aimerais que le monde entier connaisse Monochrome, et en particulier leur dernier album en date, Éclat. Je ne ferai certainement jamais une aussi bonne critique que des professionnels, mais vraiment j'adore.

Ma première impression, c'était Ce type ne sait pas chanter, c'est atroce. Mais je ne sais pas pourquoi, j'ai acheté quand même l'album. Et je n'en suis pas déçu. C'est très énergique, très énergétique aussi, c'est à la fois en anglais, en allemand et en français. Je crois qu'en fait j'aime toutes les chansons, même si j'ai une petite préférence pour Ecart (les murs ont la parole), qui possède un rythme parfait, alternant les passages rapides et les coupures. La batterie est puissante et irrégulière comme je l'aime, les deux voix sont finalement tout-à-fait accordées, la guitare est belle, et l'ensemble prend tout simplement aux tripes. C'est juste dommage qu'on n'ait qu'une partie des paroles dans le livret.

Tiens, allez, pour le plaisir :

Lecteur mp3 en flash, merci Neolao

Wherever I am, I am what's missing.
What does it feel to fear ?

La suite au prochain numéro.