Tout commence à Noël 2001, où l'on se fait offrir un album d'un nouveau groupe qu'on a découvert depuis quelques jours. La vie presque est un très bon album, qui frappe par sa nonchalance, mais par des textes exacts et que l'on sent travaillés. Se taire, J'aurais aimé te plaire, sont des tubes pour nos oreilles (et pas pour la radio). Dimanche de vote est d'une morale prémonitoire, et n'a plus la même consonance le 22 avril 2002 ("si tu pointes ton nez vers l'extrème, n'oublie pas que les hommes sont fous"). Cet album est fort, on s'en rend compte, on se dit que ce jeune groupe fera quelque chose. Qu'il faudra le suivre. (Et dire que deux mois plus tard on avait Des visages des figures, qui lui ressemble tellement...)
Deuxième épisode, le 21 mai 2004, on se dit "tiens j'ai déjà entendu ce nom". Ah, oui, on se rappelle du premier album nonchalant. Deux semaines après la sortie, on achète La tête en arrière sur internet, "pour voir". On se dit que ça vaut le coup, au moins un peu. Et on écoute. Mais qu'est devenu le Luke qu'on connaissait ? (on apprendra, mais beaucoup beaucoup plus tard, que le seul rapport entre les deux Luke est Thomas Boulard, le chanteur). Aucun rapport entre les deux albums, le deuxième est remplit de titres éminemment rock. Rien ne parjure, tout est dans le bon ton. C'est une claque, c'est du vrai son, c'est quelque chose qu'on n'avait jamais vu, c'est vraiment, en français, le seul groupe qui aie jamais fait du rock. Quelque chose d'énorme, à tel point qu'on n'ait plus envie d'y employer de vains mots, juste d'écouter. L'unité est ce qui frappe le plus dans cet album. On pourrait citer les 11 titres, aucun n'est moins puissant qu'un autre. Vraiment un des meilleurs albums de la décennie. On cherche un équivalent, et on peine à en trouver un. Peut-être 666.667 club, tout le monde y a pensé, même un peu trop. On pense un peu à Silverchair, aux Foo Fighters, aux Smashing, pour les textes mais surtout pour le son.
Et après on surveille du coin de l'œil, et le 12 septembre 2007, deux jours après sa sortie, on achète le troisième album. Un peu déçu, on retrouve un peu la puissance du deuxième album, mais y a un truc qui cloche. On sait pas trop, on se dit qu'on n'a pas eu le temps suffisant pour apprécier l'autre, tant on a encore l'impression que c'était hier. On laisse l'album de côté.
Un peu plus tard, on réécoute Les enfants de Saturne. La voix est toujours la même, un peu trop claire, un peu trop immature. On se dit que ce sera parfait dans cinq ou dix ans. Et on aime. Et on pense cette fois davantage encore aux grands frères, toujours les mêmes, sans les nommer. Eux aussi, comme Luke, comme moi d'ailleurs, sont bordelais. C'est peut-être pour cela que je me retrouve là-dedans. Eux aussi écrivent des textes incompréhensibles, incompréhensiblement poétiques. Eux aussi ont tendance à lâcher des mots en espagnol, parce que cette Espagne si proche est en nous. Eux aussi écrivent des hymnes puissants à la gloire de nous, comme l'est la magnifique Les écorchés, comme l'est l'excellente Les enfants de Saturne. Il est question de mort, partout, tout le temps, avec plein de Faites que le soleil ne brille plus pour moi
ou de Est-ce que la mort se danse
. Il est question d'amour, partout, tout le temps, avec plein de Est-ce que l'amour vient comme ça
ou de Personne te voit d'être aussi belle
. Il est question de on bien est vivants
, partout, tout le temps. On se parle à la deuxième personne, avec des Qu'as-tu dit à la vie pour qu'elle s'efface ?
et des Est-ce que tu me crois
.
Et là on se dit que le vide provoqué par cette énorme erreur lituanienne sera peut-être, plus ou moins, comblé. Rien ne sera pareil, rien ne sera comme si de rien n'était. Mais on aura encore des Veux-tu vivre à l'envers ?
, des Dis-toi bien qu'on est deux à refuser le printemps
. Des hymnes d'écorchés, rien que pour nous, rien que pour qu'on puisse exister, rien que pour que l'on puisse sentir et ressentir tout cela.
Luke, loin de ressembler de près ou de loin à l'un de ses grands frères, a gagné ses jalons de groupe de rock, qu'on aimera longtemps, voire à jamais. Ils sont très forts, et au bout de trois albums méritent que l'on en parle d'eux comme d'une légende. Dans dix albums, plus personne n'en doutera plus. Merci Luke, de nous avoir réveillés à ce point.
Je vous engage à acheter les trois albums de Luke. Si vous voulez les écouter avant, n'hésitez pas à me contacter, je serais très heureux de vous les faire découvrir.
En un jour j’ai cru tout faire
Mourir et puis renaître
Vouloir reprendre le monde
Il reste une seconde
Enfants de l’incandescence
Regardez sans méfiance
L’éternité qui vous braque
Cette lumière vous traque !