Un projet se termine, un nouveau commence. Je ne serai lundi, officiellement, plus doctorant.
Ceux qui n'ont pas vécu une thèse ne peuvent pas comprendre. J'en rigolais encore il y a un an, quand j'entendais dire «Attention, la thèse n'est pas votre vie». Et pourtant. La thèse est quelque chose de très spécial dans le système éducatif, et encore plus quelque chose de très spécial dans une vie.
La thèse c'est plein de choses à la fois. C'est un diplôme, le plus haut correspondant à un «bac + N» (je ne compte pas l'Habilitation à Diriger des Recherches). Le seul diplôme pour lequel on ne suit pas de cours, la première fois où on arrête enfin les cours. Le seul diplôme qu'on valide comme un stage qui serait très long.
Mais c'est aussi un projet, en temps fixe, une première expérience professionnelle. Un peu plus qu'un simple stage. Les ingénieurs diront que ce n'est pas une vraie expérience professionnelle, parce qu'un laboratoire n'a aucune pression industrielle (ce qui est d'ailleurs de moins en moins vrai). Et pourtant, certes avec un peu moins de pression, il y a la contrainte de temps, les rapports avec les supérieurs, un cahier des charges qu'on se définit soi-même et qu'on ajuste au fil du temps. On est son propre chef de projet.
Une thèse c'est un projet personnel, parce qu'on se fixe ses objectifs, parce qu'on est le seul à bosser sur ce sujet. Parce qu'à la fin on est la seule personne à maîtriser parfaitement ce qui a été fait. Tout ce qui a été fait : une des difficultés et de maîtriser complètement tous les outils qu'on a utilisés, et de connaître tout ce qui a déjà été dit plus ou moins loin du sujet. C'est une tâche énorme, supplémentaire, ingrate, mais essentielle. Ce qui rend la thèse si spéciale.
La thèse c'est aussi une première expérience, tout court. La première fois qu'on bosse avec des gens, qu'on discute dans les couloirs. C'est là que l'on se rend compte que ce sont ces discussions qui permettent réellement d'avancer. C'est donc plein de personnes qui ont été sympathiques, que l'on aurait envie de remercier parce que naturellement cela nous a aidé.
Et puis il y a la rédaction. Ah, la rédaction. Certainement le plus difficile, parce que produire un mémoire de 130 pages quand on est précautionneux et que l'on veut faire bien, ça prend du temps. Ça demande des nuits blanches. Ça rend un peu difficile à vivre. Ça fait douter, dix fois par jour on se dit «Mais enfin, ça ne sert à rien...». C'est ce qui fait qu'à la fin on se retrouve à faire soi-même partie du sujet, et la thèse devient partie intégrante de sa vie. Pour toute ma vie, les courants de Foucault représenteront quelque chose de spécial.
Je sais, c'est ridicule. C'est ce que je pensais aussi il y a un an à peine. On ne peut comprendre cela qu'une fois la thèse rédigée. Bon allez, c'est pas tout ça, mais la rentrée c'est lundi.

